COMPLETE WORKS 2003​-​2016 ( BOOK)

by ELZO DURT

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"Des collages d’éléments disposés selon un ordre occulte, assemblés avec une précision maniaque par un misérable, de toute évidence sous la dépendance d’une force sourde, chevauché et fouetté par un démon sorti des tréfonds de l’enfer."
Lelo Jimmy Batista

"Elzo ne dessine pas, il agence, repique, déforme, sublime des formes, des gravures, et des photos prises ici et là. Ce travail de haute voltige est si abouti qu’il devient presque impossible d’en deviner les sources, impossible de déceler les éléments qui sont à la base de ses images."
Jean-Baptiste Guillot


"Comme tout ce qui vient de Belgique, Elzo Durt se pointe souvent sans prévenir, avec une idée impossible sous le bras, toujours souriant, toujours serein, même s’il semble en permanence couver un truc qui ressemble à une panique immense, aux prémices d’une indicible sauvagerie. Elzo, c’est comme le noble sire de Ross dans Macbeth : « Rien qu’à le voir, on pressent l’extraordinaire ». La promesse, quelle que soit l’heure ou l’endroit, d’un rire haletant, d’une féroce bonne humeur, de quelques bières à portée de main, de disques qu’on remplace à peine le premier riff entamé, de rencontres insensées (camionneurs dealers de speed, plombiers producteurs d’acid house, ce genre), de voisins qui hurlent et enfin d’un long couloir luminescent au bout duquel des gens luttent pour leur salut dans un club suant et grouillant, jouant des coudes pour éviter les projectiles et s’assurer de ne pas glisser sur ceux qui, ayant définitivement abandonné tout espoir de rémission, s’accouplent déjà dans une crasse humide, s’agrippant aux chevilles des survivants.

Ma première rencontre avec Elzo s’est faite loin de tout ça, il y a un peu plus de 10 ans, sur internet, dans un fatras numérique fluorescent. De l’autre côté de l’Atlantique, le poster art ronflait depuis un long moment. Kozik, Coop et tous les vieux barons s’étaient progressivement retirés du circuit et les nouveaux venus enchaînaient les copies sans âme ou se perdaient dans les passades du moment - le mignon-morbide, la culture geek, ces merdes. Dans un tel contexte, les premiers flyers d’Elzo ont fait l’effet d’un char de feu dévalant la rue principale d’un village de la province du Hainaut par une nuit sans lune. C’était immédiat, spontané, fumant, généreux. Des collages d’éléments disposés selon un ordre occulte, assemblés avec une précision maniaque par un misérable, de toute évidence sous la dépendance d’une force sourde, chevauché et fouetté par un démon sorti des tréfonds de l’enfer. Un moujingue crotté refusant de se conformer à l’ordre dégradant de la horde. Un Dieu cannibale. Des images d’une telle force, d’une telle évidence, je n’en ai vu que très peu depuis - peut-être ce type, à côté duquel je me suis assis un matin d’octobre dans le RER A et qui lisait un exemplaire de poche de Quatre-Vingt-Treize de Victor Hugo avec une photo de Nathalie Kosciusko-Morizet scotchée très proprement sur la couverture : reconnaissons-le, c’était radical.

Elzo Durt c’était Gee Vaucher sans le symbolisme balourd, Virgil Finlay écrasé par un mur de néon, Gustave Doré dansant sur un tapis de rasoirs, Terry Gilliam égorgé sur la planche à dessin de Franquin, Les Dix Commandements réécrits en une série de flashes aveuglants, l’Histoire d'un monde régi par un insondable folklore composé de divinités mutantes et de pénitents prodigieux, guidés par le feu triomphant, avançant dans un labyrinthe à la polychromie hurlante au son du « Magazine Love » des Screamers ou d'une mise à jour barbare de la B.O. de Phantom Of The Paradise - en un mot, la panique. Une course effrénée. Une fête qui ne se termine jamais. Un bordel pétaradant. De ses premiers brouillons (à l’âge de six ans, dans la chambre-atelier que sa mère louait à l’illustrateur Pascal Lemaître, alors étudiant à La Cambre) à ses premiers flyers (réalisés entre deux cours à l’École de Recherche Graphique de Bruxelles), de la photocopie à la sérigraphie, du punk à la techno (qu’il a toujours écoutés en simultané, sans distinction), du jour où je l’ai rencontré (pour lui acheter une affiche, dont il a immédiatement utilisé l’argent pour me payer un verre) à celui où il m’a envoyé le version finale de ce livre, qui me semble aujourd’hui tellement logique, évident, au regard du parcours effectué et en même temps tellement insensé, aberrant quand je repense au premier mail que l’on a échangé, quelque part en 2005, où je lui demandais pourquoi il n’y avait pas de prix sur les affiches présentes sur son site et où il m’a répondu qu’il n’avait pas pensé à en mettre, parce qu’il ne pensait tout simplement pas que ça intéresserait qui que ce soit.

« À qui nait sans talent, il faut conseiller une carrière scientifique », disait Nicolas Gomez Davila. Croyez bien que, de nous tous, le dernier qu’on verra en blouse blanche en train de deviser sur l’énergie de liaison entre nucléons avec une équipe de chercheurs suisse alémaniques dans les profondeurs d’un silo hermétique, c’est bien Elzo Durt. "

Lelo Jimmy Batista

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Like anything that originates in Belgium, Elzo Durt often shows up without warning, with an impossible idea in his one-track mind, always smiling, always serene, even though he persistently looks like simmering with something freaking him out, on the edge of an unspeakable savagery. Elzo is like Ross, the Scottish noble in Macbeth, as soon as he enters, one can expect the unexpected. No matter when or where, with him there is always the promise of a breathless laugh, a fierce good mood, a few beers within reach, a record replaced with another one on the turntable as soon as the first guitar riff comes crashing in, insane encounters (speed-dealing truck drivers, acid house music producers working as plumbers and so on) and screaming neighbors. One can also expect a long bright hallway at the end of which people struggle for their life in a nightclub; sweating, swarming round, pressing out to dodge projectiles and to make sure they do not slip on those, who once and for all have abandoned all hope of forgiveness and who are already copulating in damp murk, still clinging to survivors’ ankles.

A little more than ten years ago, I first met Elzo on the Internet in a digital fluorescent jumble and it had nothing to do with all that. On the other side of the pond, the poster art was ticking over for quite some time. Kozik, Coop and the whole bunch of old tycoons have gradually retired and newcomers designed soulless copies after copies or lost themselves in what had become something of a fad; cute and morbid artwork, the geek culture and all that crap. In such a context, Elzo’s first flyers looked like a fiery chariot hurtling down the main road of a deserted village in the province of Hainaut by a moonless night. It was immediate, spontaneous, fuming and generous. Collages of elements arranged in a mystical manner, assembled with a fanatical accuracy by a wretched creature seemingly under the influence of a gnawing strength, ridden and flogged by a devil from the inmost depth of hell. A dirty little snot refusing to comply with the horde’s debasing order. A cannibal God. I have rarely seen such powerful and perfectly obvious images so far; maybe that time one October morning in the Paris Metro when I sat next to this guy who was reading a paperback edition of Ninety-Three by Victor Hugo with a picture of Nathalie Kosciusko-Morizet neatly scotch-taped on the front cover. Let’s admit it: That was quite radical.

Elzo Durt was like Gee Vaucher without clumsy symbolism, Virgil Finlay crushed against a neon wall, Gustave Doré dancing on a carpet of razor blades or Terry Gilliam his throat slit over Franquin’s drawing board. His artwork is like The Ten Commandments rewritten in a series of dazzling flashes, or the History of a world governed by an unfathomable folklore of mutant deities and phenomenal penitents guided by a triumphant fire, advancing in a maze painted with a scathing polychromy, listening to Magazine of Love by The Screamers or a barbarous update of the original soundtrack to Brian De Palma’s Phantom Of The Paradise; in one word it was panic-stirring like an all-out escape or a never-ending party. A roaring chaos. From his first rough copies (when he was six, in the studio-bedroom his mother used to rent to the illustrator Pascal Lemaitre while he was studying at La Cambre ) to his first flyers (swiftly made between two classes when he was studying at ERG - Graphic Research School- in Brussels), from photocopying to silkscreen printing, from punk to techno music (he has always listened to both without distinction), from the day I met him (to buy him a poster and he immediately spent the money to buy me a drink) to the day he sent me the final version of this book, all this seems so logical and obvious looking back how far he has come. Yet, at the same time, it seems so much insane and absurd, when I think about the first emails we exchanged in 2005, when I asked him why there was no price on the posters on his website and he answered he had forget to display a pricelist for the simple reason he did not think someone would be interested.

Nicolas Gomez Davila recommended those born without talent to consider a science career. You can bet your bottom dollar that, among us, the last one we will see wearing a white coat, chitchatting about nuclear binding energy with a team of Swiss German researchers at the bottom of a sealed silo, will probably be Elzo Durt.

Lelo Jimmy Batista

credits

released March 16, 2017

1500 exemplaires
215 x 305 mm
312 pages en quadrichromie
Couverture souple
Édition bilingue : Français / Anglais
Textes : Lelo Jimmy Batista, Marc Jacobs, Jean-Baptiste Guillot,
Clovis Goux, Elzo Durt & Jimmy Panthera
Conception graphique : Elzo Durt & Collin Hotermans
Éditeur : Born Bad Edition

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